Emilie fait de la plongée, épisode 1 : open water @ Black Marlin

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Yes, it takes determination to get to the Togean Islands, but believe us, it takes much more determination to leave. Lonely Planet

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La vue du ponton où je faisais du taichi le matin

Attention, ça va être long : les îles Togean sont coupées du monde, j’ai donc le temps de vous raconter ma vie en détails. Les photos arriveront plus tard : un seul album pour toute Indonésie (préparez-vous à être dégoûtés…).

Dans un livre anecdotique sur le mode de vie du Parisien, on peut lire que pour les vacances d’hiver, les deux options sont le ski et le soleil. En bonne Parisienne d’adoption, j’ai été confrontée à ce dilemme cornélien. Je modifie mes petites habitudes et ne vais pas faire les deux : cet hiver, après le verglas des montagnes jaunes, ce sera le soleil, soit mon troisième été depuis celui du départ. Celui-ci durera presque deux mois : un mois toute seule (ou beaucoup j’espère ! #moncôtéassocial) en Indonésie, puis le reste avec Virginie, une amie de Thonon qui va en vacances en Thaïlande.

Sur les bons conseils d’Audrey, Malvina et Seb P, (merciiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!!!) j’enchaîne presque cinq jours de voyage pour rejoindre Kadidiri, îles Togean, Sulawesi, Indonésie. Le paradis, ça se mérite… mais je me demande si je mérite vraiment de me couper totalement du monde pendant deux semaines alors que c’est le bordel en France et que les gens y sont bien mobilisés. Soyons réalistes, j’aimerais que tellement de choses soient différentes mais ce n’est pas moi qui vais changer le monde ! Au mieux je vais vous changer les idées.

Bref, aux îles Togean, on déconnecte. Arrivée à Gorontalo, je me suis renseignée sur l’opérateur qui capte un peu sur place et plusieurs personnes m’avaient recommandé Telkomsel. Je me retrouve avec un nouveau numéro de mobile qui ne va pas être très utile car il y a un peu de réseau internet au port de Wakai qui est à une petite demi-heure de bateau mais à Kadidiri, pas grand chose. L’autre option est une plage déserte accessible en bateau ou par une marche à travers la jungle (dans laquelle un allemand s’est perdu un soir). A Barracuda beach, parfois il y a un peu d’internet en edge, juste de quoi y passer des heures pour récupérer quelques emails. À Gorontalo, outre la mission carte sim, je voudrais faire changer tous mes CNY (rappelez-vous l’épisode précédent à la banque qui n’a pas pu me filer des USD) et j’ai su que c’était mission impossible ici après être allée à neuf endroits, et avoir vu des points Western Union partout. Je me fais aussi un repas « Toblerone blanc » (en plein cagnard l’après-midi, mais qu’est-ce que c’est bon) et achète quelques produits de première nécessité comme du spray anti-moustiques et un gros tube d’après-shampoing pour m’aider à résister à l’envie quasi quotidienne de me couper les cheveux très courts.

Comme je ne prends désormais que des allers simples, j’attends d’être arrivée à un endroit pour prévoir la suite… internet à l’hôtel de Gorontalo marchait pour que je fasse la réservation de trois de mes quatre prochains avions. Ensuite, ça a tout simplement cessé de fonctionner et tant que je le fasse avec mon téléphone portable, l’autorisation de ma banque avait expiré et je ne pouvais pas les appeler car c’était beaucoup trop tôt en France. Avant mon départ en Asie, je n’avais pas anticipé qu’en suspendant ma ligne de portable je n’allais plus pouvoir recevoir les SMS pour confirmer les achats en ligne. En général, je paie par Paypal ou réserve sur Ctrip car ça marche tout le temps (ça ne doit pas être sécurisé). Heureusement, ING peuvent m’autoriser très temporairement à faire des achats en vérifiant mon identité par un autre moyen si je le leur demande. Franchement, la banque en ligne, c’est pas mal et les conseillers sont plutôt sympas… je ne tiens pas spécialement à faire de la pub pour l’ancien employeur de mon ancien colocataire mais, à défaut de pouvoir envoyer les SMS à un autre numéro, ils ont quand même trouvé une meilleure solution que celle de la Banque Postale « je peux vous fixer un rendez-vous avec votre conseiller » « téléphonique ça marche ? » « non, il faut venir à l’agence ». En quittant Gorontalo et le monde connecté, j’ai donc mes vols pour Jakarta puis Padang et le Padang – Kuala Lumpur et il ne me manque plus que le Kuala Lumpur – Bangkok. Lion Air et Air Asia, même pas peur. Avec tous ces avions, j’ai une empreinte écologique lamentable, c’est affreux.

Mais avant cela, pour rejoindre les îles Togean, il reste une nuit sur un bateau. Le gros ferry était du même type que celui que j’avais pris pour l’aller aux îles Mentawai il y a deux ans et demi (au retour, on était sur un petit sans place pour s’allonger et j’avais été malade toute la nuit), ouf. À l’époque, avec mon groupe Adeo, on était en business AC, j’avais pu glisser un matelas entre deux rangées de sièges vaguement inclinables mais qu’est-ce que ça caillait ! Bien décidée à ne pas attraper un rhume le deuxième jour après mon arrivée au chaud à cause de la clim (comme à Singapour), j’insiste pour ne pas qu’ils me refilent un ticket en cabine ou en business AC. Il est d’autant plus important de ne pas prendre froid qu’on ne peut pas plonger avec un rhume car les sinus ne s’équaliseraient pas (et d’après les cours en ligne ça fait des trucs dégueulasses). Je ne veux pas non plus voyager en classe éco avec les marchandises (comprendre des voitures, des caisses instables, des poules et tout ce qu’on peut imaginer aussi, et pas d’air), donc je prends un billet business sans clim (mais courant d’air) avec matelas. Comme le bateau est à moitié vide, c’est grand confort (pour les standards locaux hein). Il y a juste des gamins qui braillent un peu. Sur le bateau, je fais la connaissance d’autres touristes et tombe en premier lieu malgré moi sur un babacool allemand qui m’a soulée au bout de cinq minutes et que j’essaie d’éviter en allant sympathiser avec quatre canadiens de Vancouver, le genre de personnes que j’aime bien avoir dans mes groupes :-). Les gens s’étonnent beaucoup de voir une fille qui voyage seule « waouh, you came here alone ?!», pourtant je ne dois pas être la première, et c’est franchement moins stressant que d’accompagner des clients dans des endroits où je mets les pieds pour la première fois. Par conséquent, les gens viennent facilement me parler, par gentillesse ou par pitié, je n’en sais rien. À ce moment-là, épuisée, je cherche avant tout à éviter les relous plutôt qu’à me faire des potes. Et un bon moyen de ne pas calculer les gens et d’avoir la paix, c’est de mettre les écouteurs et d’écouter de la musique.

Parenthèse musicale. J’aime beaucoup la musique mais en chanson française, je suis inculte (vraiment, ça en est honteux), je ne connais RIEN : des amis (merci le ATD crew) m’avaient listé quelques titres à faire écouter aux chinois de l’école de taichi quand ces derniers me demandent quels sont les classiques de chez nous. Auparavant, j’avais mis un moment à leur trouver du Michel Legrand et du Joe Dassin. Et je ne voulais pas en arriver à leur faire découvrir Yves Duteil. À Tunxi, devant ma coupe glacée et mon thé oolong, j’avais entendu une chanson française… une vraie (pas la version chinoise de Hélène, je m’appelle Hélène) que, inculture oblige, j’avais shazamée (pour les non adeptes des nouvelles technologies, Shazam est une application qui « écoute » les chansons et en donne le titre, l’interprête, etc.). Pour la première fois, j’entendais Carla Bruni chanter. La chanson c’était ma jeunesse et c’était joli (oups). Ça ne m’a pas spécialement donné envie d’écouter l’intégrale de Carla Bruni mais d’écouter de la chanson française. Je dois saturer de la c-pop et d’entendre le dernier tube à la mode Little Apple / Xiao Pingguo au moins une fois par jour, avec des paroles tellement nazes que j’en comprends la moitié sans avoir regardé une seule fois sur internet (je suis prête à retourner au karaoké de Belleville). Avant le long voyage qui m’attend, il va falloir charger quelques titres en français sur Spotify (Spotify est une application bien pratique pour écouter de la musique) pour la route. Comme je ne sais pas quoi mettre, j’opte pour un best-of de Jacques Brel : mes parents aimaient bien… mais pas moi quand j’étais petite, et puis j’avais dû écouter un peu il y a une dizaine d’années et trouvé ça pas mal, en fait. Pas la même ambiance que Xiao Pingguo. Ecouter Jacques Brel pour dormir sur le ferry de nuit entre Gorontalo et Wakai était une mauvaise idée. Ou comment se retrouver la larme à l’oeil en allant sur des îles paradisiaques, ça aussi c’est affreux.

Pas si affreux que ça car après presque cinq jours de voyage, se retrouver loin de problèmes logistiques ou politiques sur une île paradisiaque, c’est plaisant. Lors de ce séjour, d’une part j’ai envie de tester ma capacité à ne rien faire et d’autre part je suis ici pour apprendre la plongée et m’entraîner à faire du taichi toute seule. Les instructeurs, Ed et Camilla, m’indiquent que les gens arrivent ici plein de bonnes intentions puis se retrouvent peu actifs ; ils se moquent gentiment de mon objectif quotidien de deux heures de taichi… en arrivant dans mon joli bungalow le matin, j’ai dormi car le sommeil ne m’a très peu occupée pendant la traversée en bateau. Le deuxième jour, je n’ai pas fait de taichi, malgré un réveil à cinq heures et demi par le jour et le bruit des vagues : j’ai hésité une seconde avant de prolonger mon sommeil de quelques heures, et puis je voulais relire le bouquin d’open water (niveau un). J’avais suivi les cours en ligne et passé les tests théoriques à Yangshuo, mais ça datait de trois semaines et je veux être une bonne élève. Les sciences ont toujours eu beaucoup de secrets pour moi (et les sciences physiques ne sont qu’un autre monde dans lequel je n’ose pas m’aventurer) et avec toutes ces histoires de pression, je risque de passer pour une débile… Et tout ce matériel, ça me fait carrément stresser ! Niveau technique, la plongée c’est un peu comme un vélo (en moins salissant) et je pense qu’aller au ski aurait été plus simple. J’essaie donc d’assimiler au mieux le bouquin… la partie sur les coraux et les poissons est bien plus motivante. C’est bien de se fixer des nouveaux challenges : en taichi, je n’ai aucune ambition étant donné qu’une vie de pratique intensive ne sera jamais assez. La plongée, c’est peut-être faisable. J’ai remarqué qu’en vieillissant, il est plus difficile d’apprendre des nouvelles choses (sport ou langue étrangère par exemple). A Singapour, Nicolas m’avait dit que ça ne s’appliquait pas à la plongée. Visiblement tout le monde y arrive et personne ne rate son niveau. Je ne voudrais pas être la première et ça met la pression ! Ed est rassurant, pense que tout le monde y arrive « even stupid american ten year old kids » et ne prend pas vraiment en compte mon côté trouillard : tout ce matériel et l’angoisse de ne pas arriver à respirer avec le truc (second stage regulator, je ne connais pas le mot en français…) ou de faire une crise de panique / claustrophobie.

Malgré cela, à force d’entendre les amis parler de plongée, j’ai depuis longtemps eu envie d’essayer, sans en avoir eu l’occasion. On n’a que les occasions qu’on se donne, et j’ai décidé de me jeter à l’eau ! C’est mon amie Elsa, que je remercie au passage, qui m’a le plus motivée. Elsa aura mis beaucoup moins de temps à me motiver à la course à pied qu’à la plongée 🙂 ! Elsa s’occupe depuis des années du club de plongée dans sa société où ils ont la piscine pour s’entraîner et organisent des week-ends de temps en temps.

Les chances que la plongée me plaise sont quand même grandes : les potes m’ont dit que vu comment j’aime passer du temps dans l’eau, je ne vais pouvoir qu’adorer. Et la plongée est à la natation ce que le taichi est au kung fu : lent. Quand on lit le bouquin, ça demande vraiment aucun effort et je suis presque déçue : on gonfle et on dégonfle son truc (BC pour buoyancy compensator) pour flotter et on avance très lentement avec des légers battements de jambes. Bientôt, je vais tout faire au ralenti, ça promet pour le retour. Les deux premiers jours ici j’ai pas mal glandé mais Ed a trouvé que lire tout le livre et nager plus d’une heure c’était déjà beaucoup. Et nager à Kadidiri, ça change de Pailleron ! Le fond est même plus joli que celui de la piscine de chez Nicolas à Singapour car c’est plein de jolis coraux et de poissons multicolores, et ça, ça motive à plonger.

Le deuxième jour, j’ai rempli des papiers, signé toutes les décharges possibles et imaginables, et menti sur le questionnaire médical en omettant de signaler mon pied pété. Il aurait alors fallu que je me fasse examiner par un médecin et ici il n’y a pas de médecin. En effet, comme tout le monde le sait, il y a pile deux ans, j’avais le pied dans le plâtre et allais entamer mon cinquième mois sans marcher. Et si ça n’était pas arrivé (ou si j’avais été soignée rapidement), je ne serais sans doute pas partie en congé sabbatique… Je vais envoyer une carte postale au Docteur T pour le remercier et lui dire que l’hiver au soleil c’est mieux que les ampoules de vitamine D ! Bref, ça ne va pas être le drame si mon pied gauche fout encore un peu le camp vers l’intérieur avec les palmes et on verra s’il m’arrivera un truc ou pas mais on peut aussi se noyer dans un verre d’eau, c’est bien connu.

Avant de commencer, je revois les bases théoriques avec Ed (et son accent britannique qui fait plaisir à entendre) et l’après-midi on fait quelques exercices pratiques qui se passent normalement en piscine comme enlever / vider son masque ou récupérer son régulateur. Le jour suivant, c’est parti et je vois le premier poisson qui s’approche de mon masque !!! On refait plein d’exercices et même si ça fait beaucoup d’informations d’un coup (#stress) ce n’est pas bien compliqué et j’arrive à tout faire sans paniquer. Je ne suis pas hyper à l’aise mais découvre que la plongée, c’est comme se retrouver au milieu d’un aquarium géant ou d’un documentaire de Cousteau en trois dimensions (à ne pas confondre avec Piranha 3D) : c’est génial !! Addictivement génial. J’en prends plein les yeux même sans les lentilles de contact (un problème de lentille peut ajouter du stress, alors j’évite). Je réalise alors enfin à quel point ça vaut le coup d’enfiler tout l’équipement, c’est juste magnifique. Lors des premières plongées, je ne suis pas super à l’aise, alors j’imagine A Wei qui me dit fangsong / relax et ça va mieux. Le pire c’est de respirer par la bouche avec le truc. Après, il y aura des plongées où je n’y penserai même plus ! Parfois j’étais aussi un peu stressée d’avoir un courant qui pousse vers un mur de jolis coraux que je n’osais pas toucher.

Le dernier stress, c’est le QCM final mais Camilla me rassure : 80% de bonnes réponses c’est suffisant. Pas de problème si je me plante sur la vitesse du son dans l’eau. Me voilà donc avec mon niveau un / open water. Et comme j’ai fait la formation en ligne, ils m’offrent une plongée. Mais avant, je prends un jour de pause car enchaîner deux plongées deux matins de suite (avec le mal de mer le premier jour et la pluie le deuxième) en essayant de penser à tout, croyez-le ou non, ça épuise. Ensuite, j’ai encore un peu d’appréhension mais de moins en moins, donc je profite de plus en plus du nouveau monde qui s’offre à moi et pour lequel je commence à me passionner au point de consulter les nombreux livres sur les coraux et la faune acquatique qui sont à disposition. Je sympathique avec Anita, qui est ultra fan du monde sous-marin et qui fait beaucoup de snorkelling. Elle est ici avec son mari, Valera, et ils travaillent à distance (quand ils ont internet – il est programmeur et elle vend des lentilles de contact en ligne) pendant quatre mois au soleil. Ce sont des jeunes ukrainiens qui sont arrivés le même jour que moi et ont été de parfaits voisins : calmes, discrets, gentils. Je prenais mes repas avec eux et avec Mitch, retraité américain qui passe peu de temps dans son Colorado et qui était là pour plonger et lire beaucoup. En dehors des livres sur les océans, la qualité des bouquins disponibles dans la mini-bibliothèque n’était pas au top et Mitch était trop content que je lui prête mon pavé sur l’histoire socio-économique de la Chine en particulier et de l’Asie en général : il l’avait acheté et commencé avant de le juger trop lourd à emporter. On a donc pris l’habitude de se laisser le bouquin sur les petites tables de nos terrasses respectives. Et en découvrant sur mon iPhone des iBooks téléchargés il y a au moins cinq ans, je me dis une nouvelle fois que le format Kindle serait mieux adapté : je craquerai peut-être à Bangkok. Bref, j’ai vraiment apprécié la compagnie d’Anita, Valera et Mitch pendant mes deux petites semaines à Kadidiri : ils n’étaient pas envahissants et j’ai sociabilisé juste ce qu’il fallait pour conserver du temps pour faire tous mes trucs (leçons de chinois, lecture, tri de photo, nager, taichi…). Au resort, quelques jours avant mon départ, sont arrivés des toulousains un peu plus bruyants que les autres guests mais très sympas et assez drôles : Christine et Christophe et un ami à eux qui vit en Australie et était là avec son fils de onze ans. Christine et Christophe étaient déjà venus ici l’an dernier et y sont revenus tellement c’est bien. Je crois qu’il faudra aussi que je retourne un jour aux îles Togean. Un Corse relou est arrivé lui aussi, tellement relou que mon détecteur à boulets a bien fonctionné pour une fois : je l’ai repéré en deux secondes et après j’essayais de l’éviter au maximum.

Pour en revenir au sujet, comme je le disais, se mettre à la plongée c’est découvrir un monde merveilleux. Anita, grande fan de la vie sous marine, s’enthousiasme encore plus que moi sur ce qu’on peut y voir : oh !! it was soooo cuuuuute !!!! est notre phrase la plus fréquemment employée. Anita filme tout ce qu’elle voit de nouveau avec sa GoPro et le soir travaille à l’identification des créatures. Contrairement à d’autres plongeurs je n’étais pas équipée de matériel photo adapté mais tant mieux : j’avais déjà assez de trucs auxquels penser lors de me premières plongées et sans essayer de prendre des trucs en photo, j’ai profité d’autant plus de ce que je voyais. Et croyez moi, les îles Togean, c’est le paradis sous la surface aussi, comme vous ne le verrez donc pas sur les photos.

Souvent en plongée, les instructeurs / guides m’appellent pour me montrer des minitrucs : par exemple des bébés crustacés et des mollusques et s’extasient devant les nudibranches. C’est très très mignon tellement c’est minuscule et à chaque fois je me dis qu’il faudrait que je mette mes lentilles de contact pour mieux y voir, et à chaque fois j’oublie… Ils adorent aussi me montrer des lionfish et scorpionfish. Soyons honnêtes, surtout au début, je préfère les gros poissons comme les napoléons, les humpheads ou les barracudas et les thons qui sont gros et moches (j’ai compris de visu tout le sens de l’expression être un thon). Au fur et à mesure, j’en arrive à trouver les mini crabes orangs-outans et les nudibranches trop chou. Ne m’y connaissant pas plus en monde sous-marin qu’en chanson française (les documentaires du commandant Cousteau ne sont qu’un bien lointain souvenir), je crois que je suis en train de devenir fan à tel point que le soir au lieu de faire du taichi je reste plongée dans les bouquins aux milliers de photos. L’avantage de partir de rien c’est qu’on s’extasie devant tout : les coraux, les mini trucs, mais les poissons sont juste incroyables. Parfois je me dis que si un jour je me remets à manger des animaux ce sera sans doute du porc en charcuterie ou du poisson. Maintenant je sais que je ne suis pas prête de remanger du poisson de si tôt : avant de me mettre à la plongée, je trouvais que les poissons c’était un peu cons. J’ai changé d’avis et ce séjour m’a super sensibilisée à la préservation des fonds marins et aux dommages causés par la pêche (notamment la pêche à la dynamite dans la région, mais aussi beaucoup d’autres formes de pêches). Les poissons sont juste de magnifiques êtres vivants : il y a tellement d’espèces différentes avec tellement de spécificités ! Ce qu’il y a d’encore plus incroyable en plongée c’est qu’on se retrouve au milieu. Parfois, un poisson curieux s’approche timidement du plongeur, c’est hyper mignon et quand j’en trouve un devant mon nez, je crois que le régulateur dans la bouche ne m’empêche pas de lui sourire un peu bêtement. Chaque espèce de poissons a ses caractéristiques physiques mais aussi ses caractéristiques sociales : il y a les poissons qui vivent en bancs et se déplacent tous ensemble, à égale distance les uns des autres et qui changent de couleur quand ils changent de direction. Il y a les grands solitaires aussi. Les degrés de cohabitation entre espèces varient également beaucoup. Certains vivent qu’à proximité de certains types de coraux…  Le monde sous-marin, c’est génial ! Zut, c’est fou comment j’arrive à m’intéresser à n’importe quoi (sauf les trucs techniques hein) et même en long congé j’arrive à ne pas trouver le temps de faire tout ce que je voudrais : taichi, chinois, plongée, natation, lecture, tri de photos, apprentissage du monde sous-marin, j’ai des journées hyper chargées !!!

Pendant quelques jours, il y avait deux militaires espagnols, des pilotes. Antonio pilote des hélicoptères et Roberto des avions de marchandises. Ils voulaient aller voir une épave de B24 de l’armée américaine qui a été crashé à une bonne vingtaine de mètres de profondeur pendant la seconde guerre mondiale. Tout l’équipage s’en est sorti indemne. J’ai donc profité de l’occasion de la sortie (à une bonne heure de bateau) pour me joindre à eux et passer ma spécialité deep diving car on allait devoir descendre à vingt-quatre mètres et le niveau un n’autorise pas à descendre plus bas que dix-huit mètres. Avec mon côté flippé, je n’étais pas spécialement enthousiaste à l’idée de descendre plus bas mais au final ça ne change pas grand chose, à part qu’on y voit un peu moins bien et qu’on utilise davantage d’air. Tout comme l’équipage à l’époque, nous en sommes revenus indemnes. Et alors qu’il fallait faire gaffe à ne pas toucher le fond vaseux, je me suis débrouillée pour perdre une palme (lol) mais au moins il y avait un fond et j’ai pu la récupérer. Ce qui est dingue dans l’épave c’est la façon dont la nature a repris le dessus : des coraux ont poussé et c’est devenu un excellent terrain de jeu pour les poissons. Et pendant le security stop, Ed nous fait une démonstration de bulles en formes de gros anneaux : on essaie et bien évidemment, ça ne donne pas grand chose.

Finalement, à chaque plongée je gagne un peu en confiance et ça c’est top. La plongée numéro neuf a été ma plongée « gestion du stress », même si j’avais Emon et Edwin (les deux guides) rien que pour moi. Nous sommes allés près des mangroves entre deux îles, entre dix et quinze mètres de profondeur, sur un fond vaseux pour voir les mini êtres vivants bizarres de toutes sortes, la visibilité n’était pas dingue, je n’arrêtais pas d’avoir de l’eau dans mon masque et surtout il y avait un courant de malade : il était impossible de lutter contre, et c’est d’autant moins évident qu’on était là pour voir les minitrucs (certains mesurent le quart d’un ongle), que j’avais une fois de plus oublié mes lentilles et que Emon faisait plein de pauses en plantant sa baguette en métal dans le sol pour chercher les minitrucs à me montrer. Parfois il était obligé de me tirer par la main et de me tenir pour pas que je me fasse emporter. J’ai lutté pendant plus d’une heure et en sortant, Emon s’est exclamé ah so much current !, si lui aussi le dit…

Chez Black Marlin, le personnel est sympa et l’hébergement est bien. Je ne suis pas allée dans la famille à côté où c’était moins cher car j’étais plus tranquille avec ma propre salle de bain et pour dix-sept euros par jour en pension complète, je suis confortablement installée : un grand lit avec une belle moustiquaire de qualité, des meubles pour ranger mes affaires, une grande salle de bain avec place pour poser les produits et l’eau deux heures par jour (et un baquet à remplir pour le reste du temps), une terrasse avec du mobilier en bois et surtout un hamac dans lequel j’ai passé un peu trop de temps. Evidemment les bungalows sont en bord de mer avec vue magnifique et bruit des vagues, et les plus récents (dont le mien) éloignés du restaurant et donc au calme. Et la nourriture est pas mal même si pas dingue non plus (ça manque de fruits et de légumes à mon goût). J’avais l’impression de manger beaucoup et d’avoir souvent faim, encore plus que d’habitude, la plongée ça creuse. Un soir, je dis à Roberto, le plus costaud des deux pilotes espagnols, que quand je vois son assiette à lui bien remplie, ça fait plaisir… car la mini assiette de Mitch me fait culpabiliser de manger autant. Roberto me répond qu’en voyant mon assiette du midi il s’est demandé comment je faisais pour manger autant que lui et être toute maigre. Chacun son référentiel mais je pense que j’aime trop manger pour être « skinny », d’autant plus que j’ai dû grossir un peu la dernière semaine en Chine (pas d’entraînement quotidien) et surtout avec les cinq jours de voyage où j’ai profité de bons petits-déjeuners buffets, mangé des saloperies et étais en manque cruel d’exercice. En plus parfois Camilla nous prépare des brownies qui sont juste une tuerie !!! Cette fois, je n’ai pas squatté la cuisine et ai passé un peu trop de temps avec un livre dans le hamac, notamment le jour où je n’ai pas plongé : une heure de taichi à l’aube, petite marche à plage le matin (pour essayer de capter de l’internet), après-midi hamac (tranquille : tout le monde est allé plonger) et une heure de nage quand le soleil tape moins (hum réflexe de chinois…). On est quasi au niveau de l’équateur et la veille, nous étions allés nous baigner dans le lac aux méduses où ils ne fallait pas mettre de crème solaire et ça c’était terminé avec le dos un peu rouge.

Un après-midi, on a fait une excursion avec mes nouveaux potes ukrainiens et espagnols mais aussi Jacques du Canada et un allemand marrant mais un peu fatiguant (il parlait tout le temps et bien plus fort que les espagnols…). L’objectif c’était le lac aux méduses : un lac d’eau salé à quelques mètres de la mer où vivent des méduses qui ne piquent pas car elles n’ont jamais eu besoin de développer ce genre de défense. Nous pouvons donc faire du snorkelling pour les observer sans crainte. On devait veiller à ne pas les toucher mais souvent c’est elles qui nous touchent : on essaie d’en éviter une et paf on s’en prend une autre dans la figure ! Les plus fréquentes étaient marron et pas très belles mais j’ai particulièrement aimé les toutes petites et des bleues quasiment transparentes. Ensuite nous avons fait un arrêt baignade / plage où les militaires espagnols ont récupéré des noix de coco fraîches pour tout le monde : on aurait pu commencer une saison de Koh Lanta ! Avant l’arrivée de la nuit, on fait une pause sur l’île de Taipi que l’on voit de Kadidiri. Taipi est une toute petite île et avant il y avait un resort qui est désormais à l’abandon. Les coraux autour sont magnifiques et j’en fais le tour à la nage. C’est là que je découvre l’existence du crown of thorn starfish car Jacques en a tué quelques-uns : il s’agit d’une sorte d’étoile de mer à piquants qui s’accroche au corail et le tue (le corail mort devient tout blanc). Il faut être très prudent quand on veut le tuer car si on ne fait pas ça bien, on ne va que les multiplier. Visiblement Jacques sait ce qu’il fait : il le tue rapidement en plantant un bout de bois bien pointu au milieu, les sort immédiatement de l’eau et les dépose sur la plage loin de l’eau pour qu’ils sèchent au soleil.

J’ai aussi fait des excursions « plongées » : voir l’avion avec les deux pilotes expagnols mais aussi Una Una. Una Una est une île volcanique à une heure trente en speed boad de Kadidiri. Elle est toute ronde et il y a un resort de luxe. L’ascension du volcan ne présente aucun intérêt à part de marcher quelques heures dans la jungle qui recouvre même le sommet. L’intérêt du coin c’est la plongée et c’est effectivement au spot de Pinacle que j’ai fait ma treizième et plus belle plongée : c’était incroyablement magnifique et peuplé de coraux et poissons divers et variés. J’étais juste un peu stressée par les bulles qui sortaient s’échappaient de l’alimentaion en air de la veste, mais rien de dramatique. Entre les deux plongées, on a déjeuné rapidement et simplement (riz et œufs sauce piquante) sur la plage et fait une petite sieste. Au retour, j’ai oublié de mettre de la crème solaire tout de suite et j’ai eu le temps de prendre un petit coup de soleil sur le ventre et le côté : en sortant de plongée, j’ai parfois un peu froid (mais pas autant que Emon qui n’arrête pas de trembler en fumant sa cigarette) alors j’étais bien contente de pouvoir m’allonger au soleil au bord du bateau pour le retour. Le temps de sécher et de me réchauffer, il était déjà trop tard. Cette sortie à Una Una était une bien belle journée : parfait pour terminer mon séjour ici. En effet, on devait y aller le samedi et puis il n’y avait plus de fuel à Wakai : j’ai eu un bol monstrueux qu’il y en ait pour le dimanche car le lundi j’allais reprendre le bateau de nuit pour Gorontalo l’après-midi, après une nouvelle matinée comme je les adore : deux heures de taichi à l’ombre sur le ponton en bois avec vue de rêve suivi de mon spot préféré du coin (Batu Panging) avec mes lentilles de contact et les deux guides (Emon et Edwin) rien que pour moi !

Petit point sur le taichi. Au début j’avoue que je n’en faisais pas très régulièrement : il m’a fallu quelques jours avant de trouver mes marques et mon rythme ici. En fin de séjour, je suis lancée et arrive sans problème à remplir mon objectif de deux heures par jour : davantage aurait été trop ambitieux. Je m’entraîne aussi à faire l’arbre pour profiter de la vue en session de quinze minutes maximum. Avec l’habitude, ça devient de plus en plus facile et je me rappelle comment j’avais souffert quand A Wei m’avait fait tenir la posture pendant une demi-heure dans le froid pour la première fois. Au bout de quinze minutes, j’en ai marre et étant donné que j’arrive désormais à concentrer l’énergie vers les pieds et les mains et à aligner la colonne vertébrale pour relâcher les tensions des épaules, ça me suffit. Le ponton n’est pas assez grand pour faire toute la forme (et sur le sable ce n’est pas hyper pratique) donc je répète mouvement par mouvement et partie par partie. Grâce aux notes détaillées prises dans mon petit carnet, je suis en mesure de réviser les sections un, deux et cinq et six et ça fait du bien de s’y remettre sérieusement suite à deux semaines de pause.

Après avoir pris mes petites habitudes ici, sympathisé avec quelques guests et mes guides, comme le dit Lonely Planet, je trouve qu’il est bien difficile de partir des îles Togean. J’avais envisagé rester trois jours de plus (il n’y a que deux bateaux par semaine) et puis comme j’ai appris lorsque j’ai capté mes emails que je vais accompagner un groupe à Taiwan en mars, je vais avoir du boulot et besoin d’internet. Le dernier soir, il s’agit de payer la note… je voulais le faire un peu avant car je savais que ça allait être galère mais ils ne voulaient pas. Pour l’hébergement je payais cash en roupies donc pas de problème. Pour ma grosse facture de plongée, ça aurait facilité les choses si j’avais réussi à changer mes CNY en USD… je voulais faire Paypal mais l’internet à la plage était beaucoup trop lent pour que ça marche. Il prennent la carte bleue mais c’est galère aussi puisqu’il faut se rendre en bateau où ça peut capter un peu avec le terminal : je sens que ça va prendre trois plombes alors je leur file ma Mastercard et ma Visa avec les codes pin pour qu’ils se débrouillent et après plusieurs tentatives le soir et le lendemain de matin, ils finissent par faire ça manuellement au sabot. C’est ça aussi d’être coupé du monde !

Le lundi, je vais donc prendre le bateau du retour à Gorontalo, avec Anita et Valera qui ont les mêmes plans que moi : aller à Bunaken. A Wakai, on passe rapidement acheter quelques fruits au marché avant de monter à bord du gros ferry. Malheureusement le bateau arrive d’ailleurs et la business sans clim est déjà pleine et je ressors, foulard, gilet et polaire… Le trajet se passe sans mal de mer, c’est déjà ça, et après douze heures de traversée on se retrouve à quatre heures du matin au port de Gorontalo.

SUITE AU PROCHAIN EPISODE

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A propos émilie

En juillet 2014, je pars en congé sabbatique pour apprendre le taichi en Chine et voyager en Asie et depuis, j'écris ce blog pour donner des nouvelles à ceux que ça intéresse : la famille, les amis, les collègues...
Cet article a été publié dans baignade, cuisine, Indonésie, plongée, promenade, tai chi, transport. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Emilie fait de la plongée, épisode 1 : open water @ Black Marlin

  1. Jean-Luc dit :

    Très sympa la plongée et j’apprends qu’il y a des îles paradisiaques vers les Philippines. Ça glace le site sur les dommages de notre console de poissons. Décidément, après avoir presque arrêté la viande, je vais sûrement stopper le poisson aussi. A suivre, biz, jluc

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