Mes compagnons de route : une équipe au top

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J’ai fait leur connaissance à Kathmandu juste après le départ du groupe que j’ai accompagné au Tibet. Ils sont Croates, et fort sympathiques. Ils m’ont super bien accueillie, et d’entrée je savais que tout allait bien se passer.

La veille du départ, on rencontre nos deux guides, Dawa et Ganesh, pour le briefing : ça parle matériel et technique car eux, ils vont faire le Lobuche Peak, du sérieux. Mais moi, je n’ai pas le temps (ni les capacités !) pour y aller donc je les quitterai un peu avant la fin pour redescendre avec mon porteur guide. Ensuite on va faire la session shopping pour acheter ce qu’il manque et Ganesh m’aide à choisir quelques paires de bonnes chaussettes bien chaudes, un bonnet, des gants, des bâtons de marche, un caleçon et un top chaud (un peu moches mais super confort – pour dormir ça ira bien) et me dégote en prêt un sac de couchage rose et violet allant jusqu’à -20 degrés (en théorie).

Je me suis tout de suite vraiment bien entendue avec Irena, 37 ans, nutritionniste et végétarienne qui vient d’Inde où elle a étudié l’ayurvéda depuis le mois de juillet. Elle fait beaucoup de yoga depuis 14 ans et se trimballe évidemment avec son tapis. En arrivant après les journées de marche, je me sens moins seule à faire du taichi avec Irena qui fait du yoga sur son tapis à côté ! Ça fait un peu rire les gens de nous voir, mais ce n’est pas grave car la pratique c’est important. A force d’intriguer le crew, un soir on s’est retrouvées à animer une petite session pour les porteurs, guides et autres randonneurs ! Irena m’avoue qu’elle est trop contente qu’il y ait une autre fille dans le groupe : ça va aider à gérer les problématique telle que le lavage des cheveux :-). Avant d’être trop en altitude (comprendre : qu’il fasse vraiment très très froid), on a imposé une pause shampoing dans cascade, c’était rafraichissant.

Irena a retrouvé au Népal son mari, Franjo, qui est guide de montagne et a monté cette expédition. Franjo connaissait les autres personnes de précédentes randonnées. Après le Lobuche Peak, il emmènera d’autres personnes pour un trek dans la région de Pokhara et des Annapurnas avant de rentrer en Croatie. Il lui arrive aussi d’emmener des gens au Mont-Blanc : si un jour je veux y aller, je le recontacterai ! Franjo a nommé notre équipe je puž (escargot en croate) et cela a été une occasion récurrente de blague, étant donné que ça ressemble au français je pue.

Il y avait aussi Dario, 57 ans qui est venu avec son fils Marko, 22 ans, étudiant en transport. Dario est médecin dans une petite ville à une centaine de kilomètres de Zagreb. C’est toujours rassurant d’avoir un médecin dans le groupe, surtout quand il ne préconise pas l’usage du Diamox, que par acte manqué j’ai d’ailleurs oublié à Kathmandu. Dario mangeait deux dal bhats par jour (déjeuner et dîner) alors que Marko préférait les pizzas et les pâtes.

Enfin, il y a le doyen, Zdravko, 69 ans mais en pleine forme. Originaire de Zabreb, il habite en Allemagne près de Bohn et est devenu passionné de montagne à sa retraite (il a par exemple fait le Mont-Blanc l’an dernier), au grand désarroi de sa femme qui travaille encore et qui lui reproche de dépenser trop d’argent en matériel et équipement de randonnée. Il est arrivé avec des chaussures neuves (portées une journée chez lui) et s’est acheté des pantalons en cours de route ! Zdravko aime particulièrement poser pour les photos et il faut qu’il soit toujours dans le coin en bas à droite.

En ce qui concerne l’encadrement local on a donc deux guides. Tous deux ne sont pas seulement des trekking guides mais ils sont surtout peak climbing guides avec beaucoup d’expérience de la haute montagne et des sommets. Dawa est « le chef » / tour leader au sens où c’est lui qui s’occupe de la logistique : check-in et check-out dans les lodges, prises de commandes des repas et règlements. Dawa parle un anglais impeccable, mais aussi évidemment Nepali et sa langue maternelle locale, et espagnol, hindi et tibétain. En juillet et août, alors que c’est la saison des pluies au Népal, il accompagne des groupes de touristes indiens au Tibet autour du Mont Kailash, qui est aussi un lieu sacré dans la religion hindouiste. Dawa était en bonne forme mais a avoué qu’une année en début de saison il a eu un groupe d’espagnols tellement rapides qu’il n’arrivait pas à les suivre : il ne s’entraîne pas spécialement en hiver car l’hiver c’est fait pour bien manger !

Ganesh est lui aussi un guide expérimenté, ce que traduit (ou pas) son look vintage assez improbable (Magali R. et Sophie M., avec son nom et son look, vous l’auriez adoré !). Directement après le Lobuche Peak, il va accompagner un Russe pour gravir l’Ama Dablam, l’une des plus belles montagnes du coin. Irena et moi l’avons surnommé flying Ganesh car il donne l’impression qu’il va s’envoler des rochers. Il est super gentil et attentif au bien-être de chacun : par exemple quand à Gokyo j’étais un peu déprimée à l’idée de devoir prendre « le raccourcis » pour redescendre et d’avoir une matinée de « repos », il est venu me chercher pour m’emmener faire un tour. Tout comme Dawa, il parle le tibétain et l’hindi et l’été il accompagne des Indiens autour du Mont Kailash.

Mais le trek n’aurait pas été réalisable dans d’aussi bonnes conditions sans nos porteurs : quatre étaient avec nous tous les jours et d’autres allaient monter directement avec tout le nécessaire au camp de base pour l’ascension finale de mes amis croates. Trois porteurs étaient initialement prévus pour cinq personnes, car Dawa et Ganesh portent eux-mêmes leur gros sac à dos. Ils sont âgés de 17, 20 et 58 ans. Le monsieur de 58 ans faisait au moins 10 ans de plus et était adorable et toujours souriant : en basse altitude, il mettait des fleurs sur ses oreilles ! On ne voyait pas beaucoup nos porteurs car ils montaient nos gros sacs dès le matin avant notre petit-déjeuner et on n’avait aucune chance de les rattraper. Lors de l’ascension du Renjo La, ils nous ont attendus pour manger quelques pommes de terre avant la grande montée : une petite pause bien sympathique.

Enfin, il y avait Chakra, 21 ans, « mon » porteur-guide, même si pendant toute la première partie du circuit, les charges étaient réparties entre tous les porteurs. C’est lui qui est venu me chercher à l’aéroport de Lukla alors que j’attendais comme une âme en peine mes compagnons, avec mon nom et le nom de l’agence soigneusement inscrits sur un petit papier. C’est aussi avec lui que j’ai fait la « descente » pendant trois jours. En effet, juste après Dragnag au début de l’ascension vers le Cho La Pass, j’ai dû faire mes adieux au groupe pour continuer seule avec Chakhra car c’était la journée de rattrapage « deux étapes en un jour ». Chakra va juste super vite !!! Et j’ai passé trois jours à courir après.

Lors du choix du trek, à la question what kind of trek do you want j’avais répondu I want to walk, a lot. Something physically challenging. Je n’avais pas beaucoup étudié la question mais avais vu un programme du tour des Annapurnas avec seulement trois heures de marche par jour en moyenne, et clairement, ce n’était pas assez ! Et bien cette journée là j’ai été servie : 9 heures de marche hyper rapide avec passage d’un col à plus de 5400 mètres où avec le manque d’oxygène en montée super raide et glissante, après trois pas rapides dans l’élan il fallait que je souffle trente secondes pour baisser le rythme cardiaque. Grâce à Chakra, j’allais enfin être un peu fatiguée ! Et les deux dernières journées de descente, il s’agissait aussi de parcourir presque vingt kilomètres (et par descente, il faut entendre pas mal de montée et encore davantage de descente). A la fin, Chakra m’a avoué être un peu fatigué : quand même !!!

Chakra parle un peu anglais et on a eu le temps de discuter : il est issu d’une famille d’agriculteurs vivant à deux jours de marche en aval de Lukla. C’est le troisième d’une famille de cinq enfants : il a un grand frère et deux grandes soeurs, et une petite soeur. A la maison il ne reste plus que son père, sa petite soeur, et lui, puisque sa mère est décédée il y a quatorze ans et que les aînés se sont mariés. Chakra travaille depuis quatre ans environ quatre mois dans l’année : octobre, novembre, avril et mai. Le reste du temps il est à la ferme (ils ont des vaches, quelques chèvres, quelques poules et font pousser des légumes) et étudie pendant les mois d’hiver.

Chakra a toujours sur lui son cahier / notebook sur lequel il dessine (notamment des oiseaux de la région, il a donc toujours de feutres de couleur), il a des pages de notes (Chakra a une écriture de premier de la classe, en Népali et en alphabet latin) sur les montagnes, sur du vocabulaire anglais, sur de la littérature népalaise (il adore la littérature népalaise), sur ses itinéraires, un how to be a good guide… Car Chakra veut être un bon guide : pour l’instant il n’est que porteur guide et pour devenir juste guide il sait qu’il faut qu’il améliore son anglais et ses connaissances de la région, et des autres : ce printemps il aimerait aller travailler vers Pokhara. En fait au Népal, j’ai l’impression que la plupart des guides on commencé comme porteur, avant de devenir porteur guide, puis trekking guide puis climbing guide et ensuite certains ouvrent une agence à Kathmandu.

Alors que je suis tout le temps en train d’ajuster mes couches de vêtements en fonction des variations de température, Chakra est toujours vêtu de la même façon : un maillot du FC Barcelone, une chemise blanche et une petite veste Puma. Une seule fois il a sorti sa doudoune rouge : le matin où il est parti vers 5 heures pour monter le Renjo La, ça caillait vraiment ! Mais il ne l’aimait pas trop cette doudoune rouge et en redescendant, à Phakding il s’est arrangé pour l’échanger contre une noire qu’il récupérera en remontant, car quand je serai partie, il aura quelques jours de repos à Lukla avant de remonter la route vers le camp de base de l’Everest. A Phakding (=en bas) Chakra a acheté des fruits et j’ai eu l’occasion de goûter aux produits locaux : pommes, fruits jaunes super bons, et mini-pêches. L’une des raisons de sa grande rapidité (ou pas), c’est peut-être son hygiène de vie. « I don’t drink, I don’t smoke, I like eating fruits » à la différence du guide des deux autrichiens qui avait pris une cuite avec ses potes à Namche et qui a été incapable de continuer le lendemain matin, ahahah. L’agence a dû en faire monter un autre pour le jour d’après : Pasangdawa (ce qui signifie vendredi lundi), qui s’est avéré être fort sympathique.

Le tout premier jour, dans les mêmes avions que les cinq croates (les avions qui ne sont jamais arrivés), se trouvaient deux autrichiens, Florian (43 ans) et son fils Simon (20 ans). Le lendemain, je les ai vus arriver en avion alors que mon groupe arrivait en hélicoptère. Nous nous sommes vus régulièrement lors des premières étapes, avons sympathisé et, comme nos guides et porteurs s’entendaient également très bien, on s’arrangeait ensuite pour avoir un itinéraire identique et si possible dormir dans les mêmes lodges. Florian a une prothèse de la hanche en titane et céramique (comme Roger, mon prof de kung fu !) depuis l’an dernier, et il a laissé sa femme et ses deux filles cadettes (de six et huit ans) à la maison pour faire l’ascension de l’Island Peak avec son fils, avant que ce dernier ne fasse son service militaire, et qu’on lui change l’autre hanche. Ils sont accompagnés de Pasangdawa et de deux porteurs, donc l’un met toujours une sacré couche de crème solaire et n’arrête pas de faire des pauses clopes, ce qui ne l’empêche pas d’aller vite !

En tout cas, c’était vraiment super de faire ce trek avec eux !!

Les photos de cette équipe au top sont sur Fickr.

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A propos émilie

En juillet 2014, je pars en congé sabbatique pour apprendre le taichi en Chine et voyager en Asie et depuis, j'écris ce blog pour donner des nouvelles à ceux que ça intéresse : la famille, les amis, les collègues...
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3 commentaires pour Mes compagnons de route : une équipe au top

  1. Jean-Luc dit :

    Super, ça donne vraiment envie

  2. Soph' dit :

    intriguant cette histoire de Ganesh … je veux une photo 😉

  3. GuiMo dit :

    Superbes photos 🙂
    Je valide ta doudoune rose, elle te va hyper bien au teint.
    Des bisous

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