La suite des nouvelles de Yangshuo

Voici encore quelques nouvelles, les photos arriveront au compte goutte pour faire travailler un petit peu votre imagination en attendant :-).
Comme la dernière fois, je vais commencer par l’entraînement et le taichi ; ça y est, à un moment, ce qui devait arriver arriva : j’ai (enfin) atteint … le point de saturation ! Et j’ai cru que je n’allais jamais arriver en deux semaines à mémoriser et faire grosso modo la lao jia yi lu. Jeudi après-midi, j’ai fait un énorme blocage sur le premier mouvement de la sixième et dernière partie, mouvement qui n’a vraiment rien de compliqué. A Qiang s’est pourtant armé de beaucoup de patience (moi je voulais juste laisser tomber et revoir ça le lendemain, mais pas question, ici on s’acharne et lui il ne voulait pas du tout me lâcher avant que j’y arrive) et ça a finit par le faire rire, ce qui m’a encore plus déconcentrée ! J’étais un peu vexée aussi jusqu’à ce qu’il me rassure (en bon professeur qui dit sans doute ça à tout le monde, hum) en m’expliquant que j’arrivais mieux à mémoriser que la plupart des gens, et que je n’ai pas mis beaucoup de temps à faire des parties beaucoup plus difficiles comme les coups de pieds et des pu bu qui ressemblent à peu près à quelque chose. Les années passées à galérer en kung fu ont probablement été utiles sur ce point. Bon, le fang song / relax c’est encore bien compliqué … Mais c’était donc juste trop drôle (en l’occurrence, ou pas) que je bute sur un mouvement aussi simple. Bref, vendredi j’avais mal au dos car je n’étais sans doute pas assez détendue la veille, de très mauvaise humeur le matin, mais finalement, la dernière partie, ça passe et j’ai fini par faire toute seule la forme trois fois à la suite pour être certaine de l’avoir mémorisée à peu près avant de l’oublier pendant week-end et de retravailler ça pendant ma dernière semaine de cette première session de taichi à Yangshuo. Pour avoir un idée de à quoi ça ressemble (quand c’est bien fait), suivez le lien : pour info, Chen Zhenglei, c’est le grand maître de Master Fu.
Le taichi, ce n’est pas aussi évident que cela en a l’air sur la vidéo. On s’en rend compte quand on essaie d’en faire, évidemment, mais aussi quand on observe des gens qui viennent découvrir et s’initier. De passage à l’école, on a déjà eu la visite (pour une heure ou deux) de plusieurs « classes d’anglais »  : en moyenne une trentaine de jeunes chinois de 8 à 15 ans, globalement super dissipés, et qui ne parlent pas vraiment anglais.
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On a aussi eu la visite d’un petit groupe de mamies de Hong Kong, d’une dizaine de jeunes Belges et d’une famille de 6 Israéliens, qui essaient de faire la même chose que A Qiang.
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Sinon, on a aussi fait une session de tuishou (mains collantes / push hands). Je ne comprenais quasi rien de ce que A Wei me racontait, et il en disait des choses, sans doute très intéressantes en plus. A Qiang a dû s’en rendre compte car il est venu me demander si j’avais déjà fait du tuishou (ouais, genre quinze minutes il y a quatre ans …) et m’en a expliqué les principes de base en anglais. Cela n’a pas beaucoup facilité les choses, mais un peu quand même. L’entraînement c’était comme un jeu dont l’objectif était de faire tomber son adversaire sans bouger les pieds, ce qui a valu quelques belles chutes, et rigolades.
Petit point sur les profs : ils sont juste super forts. Je n’ai pas encore d’anecdote à vous donner sur Lao Wu (qui s’est absenté juste après mon arrivée, mais il est super fort lui aussi) mais par exemple A Wei saute des murs d’un mètre cinquante à pieds joints, sans élan et tout naturellement. Petite précision : en montant, et en claquettes. A côté, notre Mud Day c’est de la rigolade ahahah. Juste car il a la flemme d’aller faire le tour par l’escalier pour remonter du spot de baignade. Evidemment, je ne tente pas d’en faire autant et je vais tranquillement faire le tour pour prendre le petit escalier. A Qiang m’a dit qu’il a fait du wushu avant de se blesser au genou il y a deux ans. D’après lui, il a beaucoup perdu …  mais quand il fait une petite figure, comme ça, l’air de rien, c’est un balayage arrière (d’un tour et demi) enchaîné directement dans l’élan par un coup de pied sauté claqué en 360 (et il saute super haut en partant d’une impulsion à ras le sol) et réception écart, et ça semble facile. Respect. Et Master Fu, lui, il court sur les murs.
On en arrive donc à un sujet essentiel : Master Fu. L’an dernier, je n’avais dû le voir qu’une journée (puisqu’il était ensuite parti enseigner en Europe), il n’était pas là à mon arrivée, mais est rentré depuis. Master Fu, il est génial ! Il ne paie pas forcément de mine quand il va venir faire une partie de cours pieds nus, en bermuda et vieux débardeur (direct après avoir fait des travaux), mais ça ne veut rien dire : l’habit ne fait pas le moine shaolin, il a juste trop la classe, et encore plus les jours où il met une belle tenue ! En une seconde, il va voir ce que tu ne fais pas correctement et repositionner ton pied, ton genou, ton bassin, ton coude et ton petit doigt au centimètre près, c’est assez incroyable. Il est de nature joviale mais quand il s’agit de s’entraîner, on ne rigole plus et ça se voit sur son visage : en quelques secondes, il peut passer d’une bonne rigolade avec le bébé à la correction de ses élèves dans le plus grand sérieux.
Après le maître, l’école du maître. Elle est constituée de deux bâtiments. Au sous-sol du premier se trouvent en extérieur abrité quelques sacs de frappes et deux machines à laver, et en intérieur une salle d’entraînement au tuishou. Au dessus on a un espace abrité (depuis cette année) avec la table de ping-pong, et à l’intérieur une entrée / salon, des chambres et une terrasse au dernier étage.
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Le deuxième bâtiment est le bâtiment principal avec entrée / accueil (avec tables, chaises, internet, fontaine à eau, thé, bibliothèque, ventilateurs et un joyeux bazar), cuisine et salle à manger, les chambres dans les étages, et deux espaces d’entraînement : le principal c’est l’immense préau attenant à la salle à manger, et le deuxième c’est la terrasse au dernier étage (avec des tapis), qui sert également à étendre le linge. La terrasse est abritée, mais l’autre soir, le fils de Master Fu est quand même venu me prévenir qu’il allait beaucoup pleuvoir et que je ferais mieux de rentrer mon linge. IMG_6947
La plupart des chambres des élèves sont des chambres avec deux grands lits, et une salle de douche : petite fenêtre en hauteur pour l’aération, wc, lavabo, et douche (pas comme chez nous : à l’italienne qui inonde partout, comme souvent en Asie), et robinet. Il y a de l’eau chaude quand elle est branchée : à mon arrivée il n’y en avait pas mais comme j’étais la seule occupante du haut du bâtiment (étages 2 et 3), ils avaient dû oublier de la mettre. Au vu des températures, ce n’était pas nécessaire mais tout est rentré dans l’ordre quelques jours plus tard au retour de Master Fu.
Les élèves sont logés à l’école, qui n’est pas pour autant un hôtel : chacun lave son linge et fait son ménage. Les chambres sont propres quand on arrive ; mais j’ai quand même nettoyé ma chambre à fond et à y regarder de près le ménage n’était ni fait ni à faire, « chabuduo » comme ils disent ici… J’étais allée au supermarché pour acheter des produits d’entretien où une vendeuse a été très sympa et voulait à tout prix m’aider : c’est comme ça que je me suis retrouvée avec la meilleure lessive, le meilleur savon pour laver les sous-vêtements à la main, et le meilleur nettoyant multi-usages.
L’école est donc en travaux d’agrandissement avec la construction d’un nouvel espace d’entraînement qui offrira une vue dégagée. Autour de l’école, il y a aussi pas mal d’arbustes fruitiers (aucune idée de ce que sont ces fruits). L’autre jour, un monsieur est venu pesticider les arbustes et pulvérisait tellement qu’on a eu droit aux effluves sous le préau d’entraînement. Je fais remarquer à A Qiang qu’on ne devrait pas respirer cela. Pour lui, c’est normal, « c’est pour les arbres » ; je lui dis que si ça tue les bestioles et les vers, ça peut le tuer lui aussi : il s’effondre et fait le mort, se relève en rigolant « it can’t kill me ! ». Bref, changer les mentalités d’ici sur le sujet, ça doit être encore plus difficile que d’apprendre le taichi. Pourtant il y a des bestioles mignonnes par ici : des gros papillons ou cet insecte par exemple :
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Sans transition, je vais vous faire une petite mise à jour sur la cuisine à l’école. Alors ici, je dois perdre au moins un kilo par semaine (la balance confirme). Je ne me moquerai plus des gens qui font leur jogging en k-way lorsqu’il fait beau et des copains du sport lorsqu’ils portent le leur à l’entraînement : transpirer doit effectivement faire maigrir, et pas uniquement en perte de flotte (rappel : je bois 5 litres de thé vert par jour, et je mange bien, parce que c’est bon). Bref, je ne sais pas si le cuisinier s’en est rendu compte, mais il s’est mis à faire des délicieux beignets à l’aubergine et nous avons à nouveau des bonnes choses de chez Lou’s Bakery pour le petit déjeuner, dont les brioches au sésame (pas très cuites comme je les aime) fourrées à la pâte de haricots rouges : un régal. Vous n’avez pas de photo car le matin je me réveille à 6 heures tellement j’ai faim alors quand le petit-déjeuner est là, j’en profite. En revanche, voici une photo d’une table bien remplie, avec un nouvel arrivant : le monsieur de Xi’an, qui porte toujours des tenues dans le style pyjama plutôt que sportswear, et qui, vu la taille de son ventre, doit bien aimer manger. C’est d’ailleurs le premier à table.
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Sur le sujet de la cuisine, j’ai aussi pu observer les différentes étapes de la préparation du bambou (par Master Fu lui-même) : le bambou est épluché, coupé en gros puis en petits morceaux, salé, séché au soleil, mis en pot avant d’être cuisiné plus tard. Cette préparation du bambou correspond  à la saveur « aigre », l’une des cinq saveurs de la cuisine chinoise (les autres sont : sucré, salé, pimenté, acide) toujours présentes dans un repas.
Enfin, on en arrive aux différents protagonistes, en particulier les autres élèves. A cause de la barrière de la langue, je ne parle pas énormément avec certains d’entre eux et j’aimerais bien leur inventer des vies, mais on va en rester au factuel. Aujourd’hui, je ne vais pas vous faire une présentation détaillée de tout le monde (il y a un peu plus d’élèves !), mais un focus sur le Monsieur à la grosse Mercedes, que j’avais catégorisé trop rapidement boulet : il parle beaucoup et très fort, fait encore plus de bruit en mangeant que les autres convives, et est venu avec sa cargaison de bières et de boissons énergisantes dans le coffre. Mais quelques heures après son arrivée, il passera dans la catégorie chouette type : il est sympa et son côté grande gueule bout-en-train fait plaisir. Peut-être même est-il célèbre ! Lorsque j’ai demandé à tout le monde d’écrire son nom sur mon petit carnet (alors pour eux, le pinyin c’est galère, mais pour moi c’était nécessaire), il a sorti sa carte de visite sur laquelle il est en photo avec la flamme olympique. J’apprendrai quelques jours plus tard qu’il est professeur de badminton. Il est effectivement en plutôt bonne condition physique, il trouve le taichi trop cool et il transpire beaucoup, encore plus que moi ou le Monsieur avec son petit chien : il trempe en moyenne quatre t-shirts par cours. Cette semaine il était reparti quelques jours et est revenu vendredi matin avec un nouveau stock de bières et de boissons énergisantes, sa femme et trois enfants (dont au moins deux sont les siens je crois), ce qui en Chine est autant un signe extérieur de richesse qu’une luxueuse Mercedes. Mais il a aussi apporté des livres sur les bijoux et les pierres pour le Monsieur de Xi’an (« hen piaoliang ! » j’ai pas réussi à acquiescer tellement je trouvais ça affreux), des raquettes et volants de badminton pour l’école, et … des lunettes de piscine pour A Wei.
Dès la fin du cours de vendredi matin, impatient d’essayer ses nouvelles lunettes, A Wei m’a donc proposé une session baignade à 13 heures. La veille, je lui avait dit qu’il y avait trop de bateaux à 13 heures mais là il m’assure que «biede difang, mei you hen duo chuan ». Bah OK alors, allons ailleurs … Cette fois ça valait le coup d’aller en moto car l’autre endroit était à dix bonnes minutes : sur la petite route puis sur des petits chemins (pile quand j’avais mal au dos, oups). Mes bases de chinois (c’est une victoire à chaque fois que je capte un truc) m’ont permis de comprendre qu’à certains endroits dangereux, mieux valait que je descende de moto, et aussi que A Wei me demande si je suis déjà venue ici : quelle question, comment aurais-je pu trouver cette plage de sable « mei you » donc. « Beautiful » me dit A Wei. C’est effectivement plutôt chouette, à part les détritus et le nombre de bateaux (qui passent juste un peu plus loin) : j’arrive à en compter max douze en même temps, A Wei arrive à treize. A part le fuel et les les autres saloperies des bateaux (eau de vaisselle, toilettes … je préfère ne pas trop y penser !), c’est top car il y a beaucoup moins de courant que dans le port. L’eau est chaude, mais vu les températures, ça rafraîchit quand même ! Evidemment A Wei n’a pas enlevé le film de protection sur ses lunettes. Si quelqu’un sait pourquoi en Chine ils n’enlèvent  pas les films de protection, il faut m’expliquer : il y en partout : fenêtres, tête de lit … A Wei n’en profite pas pour faire du crawl (ce que j’aurais fait) mais est heureux de pouvoir pour regarder les poissons dans l’eau « kan de hen qingchu » (malgré l’inscription protective film dessus) : il me prête ses lunettes cinq minutes pour que moi aussi je puisse bien voir les poissons, mais franchement l’eau est tellement pas claire que beurk beurk beurk faut vraiment aimer se baigner. Cette nouvelle excursion aura aussi été l’occasion de réviser le vocabulaire animalier (poisson, canard, vache) et les moments baignade sont toujours des bons moments !
Voici donc A Wei, sa moto japonaise, et le Monsieur à la Mercedes  IMG_7050
Et comme vous avez lu jusqu’au bout (ou presque), voici quelques photos supplémentaires
Le Monsieur avec son petit chien et le xiao gou en question.
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Et puis A Qiang et le bébé (avec sa super coupe de cheveux), le bébé est une mascotte ici et tout le monde s’en occupe un peu (ne serait-ce que pour que la maman puisse suivre des cours)
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Concluons donc cet article avec un point rapide sur le bébé : en bon petit bébé asiatique, il n’a pas de couche mais un pantalon fendu. J’ai donc toujours un peu d’appréhension à l’avoir sur les genoux mais ici ça ne semble déranger personne. Je n’ai encore pas réussi à savoir comment les Chinois repèrent quand le petit a envie de faire ses besoins mais parfois ils récupèrent le bébé et vont lui faire faire pipi dans les plantes. D’autres fois, le bébé fait ses besoins par terre, et il suffit de nettoyer. Cela fait moins de déchets et ça, au moins, c’est bien pour l’environnement.
à suivre …
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A propos émilie

En juillet 2014, je pars en congé sabbatique pour apprendre le taichi en Chine et voyager en Asie et depuis, j'écris ce blog pour donner des nouvelles à ceux que ça intéresse : la famille, les amis, les collègues...
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Un commentaire pour La suite des nouvelles de Yangshuo

  1. Nelma Tavares dit :

    Génial!!! bien que je venais d’avoir la synthèse via skype…Je suis en proie au doute…qui du Master Fu et Si Fu est le plus flort…ou aucun lien fils unique???

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